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Mardi 3 Août : Refuge de Tuquerouye - Lac du Marboré - Cirque de Pineta - Camping de Pineta
(Alexis raconte) Réveil à 5H30 ce matin. Soulagement : en dépit de l’orage énorme et de la pluie diluvienne qui s’est abattue violemment sur nos tentes (on voyait même les éclairs les paupières fermées !), nos tentes sont sèches au petit matin. Julien précise que, dans les mêmes conditions, Laurie aurait crisé, tandis que Nicolas a juste mal au cul (je n’ai aucun commentaire à faire à ce sujet…). On range les tentes. Instant crottes. Nico pue tellement fort dans les toilettes que Juju est obligé d’aller faire caca dehors… Guillaume se contente de larguer de vieilles caisses, alors que tout le monde sait que le dégazage sauvage est interdit dans le Parc National. On attaque car « Tuquerouye, ça passe ». Après 1 heure de marche, à la Hourquette d’Alans, nous nous arrêtons à ma demande : mes pieds ne sont plus qu’une énorme plaie, c’est du « hachis de talon » comme dirait Juju. Compeed + décision de mettre une deuxième paire de chaussettes et on essaie de repartir, alors que je songe déjà à faire demi-tour.
(Guillaume raconte) Petits passages délicats et glissants qui sont à l’origine de cris de fauve d’Alexis « *ù^$* !: MEEERDE ! ». Jolis endroits… Début de la montée vers Tuquerouye. On aperçoit un bouquetin qui se balade en haut d’un pic et qui fait moins le malin pour redescendre : c’est con un bouquetin ! Traversée ardue de plusieurs névés dangereux et glissants… Facile pour nous !
(Nicolas raconte) Facile seulement pour eux ! La vérité : une paroi comme un escalier sans marches, des petites pierres qui dévalent la pente dès qu’on pose le pied dessus. J’ai tellement la frousse que je trace en premier. Aidé dans cette avantageuse position par la blessure handicapante d’Alexis et le sacrifice tour à tour de Julien et Guillaume qui, dans cette adversité, avec leur pugnacité sans faille, s’échangeaient sans un mot, d’un regard, le visage ruisselant, les bras tremblant, le lourd fardeau d’Alexis. Alexis et moi étions éblouis par tant d’abnégation de la part de ces véritables héros. Quand les petites pierres se firent rochers, quand la montée devint escalade, qu’il devenait impossible à ces héros qui n’en restaient pas moins des humains de porter un sac sur le dos et un autre sur la poitrine, ils restèrent humbles et la raison l’emporta et ils laissèrent le deuxième sac. Une fois très péniblement arrivés à 2660 mètres, au refuge de Tuquerouye, Julien posa son sac et redescendit. Quelle folie, pensez-vous ? Nulle folie, mais simplement la nécessité du devoir accompli. Julien, ignorant les dangers auxquels nous étions si heureux d’avoir échappé, se jeta à nouveau dans la gueule béante de la montagne vorace, comme s’il s’agissait de sauver une vie !
(Julien raconte) Pause bien méritée au refuge d’un autre monde de Tuquerouye. On en revient presque à regretter qu’un orage n’éclate pas pour pouvoir passer une nuit héroïque, perdus en pleine montagne au milieu des éléments déchaînés. Vue imprenable sur le Mont Perdu et le lac de Marboré. Conseil de guerre : est-ce que l’on pousse l’héroïsme jusqu’à poursuivre jusqu’au Mont Perdu… Face aux parois abruptes couvertes de neige et de glace, face aux nuages menaçants qui s’amoncellent au sommet, face à un itinéraire plus qu’aléatoire et enfin (et surtout) face aux plaintes qui brisent le cœur d’un Alexis en pleine souffrance (voire en perdition !), une fois de plus nous appliquons le vieil adage du montagnard expérimenté : face à la montagne aux mille dangers, il faut savoir rester humbles… Descente de tapette jusqu’au lac, traversée périlleuse d’un névé où la moindre erreur peut se transformer en bain mortellement glacé ! Tout le monde s’en sort (pas drôle…).
(Guillaume raconte) Pique-nique au bord du lac. Nico fait son chieur avec ses curieux principes sur le pâté « pâté entamé = pâté porté »… Ah, il est beau l’esprit de groupe… Tout ça pour que son sac ne pue pas le pâté ! Surtout que c’est lui qui voulait manger le pâté !
(Nicolas raconte) C’est ce qui s’appelle prendre des vessies pour des lanternes ; en d’autres termes, je n’ai pas touché au pâté au déjeuner. C’est donc Guillaume, se rendant à mon principe après mille grognements qui fourra le pâté malodorant au fond de son sac et partit en boudant.
(Alexis raconte) On arrive en haut du cirque de Pineta où nous prenons quelques photos fort impressionnantes. J’hésite à sauter dans le vide : plus vite parti, plus vite arrivé. Et qui sait, avec un vent favorable… Finalement, je décide de prendre sagement le chemin : bien mal m’en a pris ! En effet, je ne sais quel dieu vengeur et mesquin a pissé dans mes chaussures de marche avant que je ne parte mais me voilà avec simultanément : une tendinite au genou gauche, deux horribles ampoules 150W (facile) sur chaque talon, des orteils explosés (à cause des deux paires de chaussettes) et enfin une cheville droite qui commence à morfler à cause de mes mauvais appuis sur la jambe gauche… Or, la descente du cirque jusqu’au refuge de Pineta se révèle absolument interminable. Chaque pas que je fais m’arrache un cri de douleur que je peine à étouffer. Un rictus de souffrance déchire mon visage, à tel point que les trois autres n’osent même pas poser cette question incongrue : « ça va ? » - « Et ta tante, banane ?! ». Heureusement, ma descente est égayée par plusieurs espagnoles généreusement dotées de « gigantas mamellas » que je laisse bien entendu monter. L’occasion d’apprendre que Nicolas aime bien les gros seins : qui peut l’en blâmer ? En tout cas, pas moi ! [un passage fort croustillant est censuré en raison d’un veto grotesque de Nicolas] Avançant au pas de la tortue rhumatisante, les paysages n’évoluent pas très vite, en tout cas, pas aussi vite que mes ampoules. Nous rencontrons Giuseppe avec qui Nico et Guillaume fondent « The International Club of the Chaussures de Merde » (Quechua Arpenaz 500 à 30€ qui au final leur fait moins mal que mes Asolo à 150€…) La pluie commence à menacer : pause Gore-Tex et sursacs. Finalement, ce ne sera qu’un petit crachin en dépit de plusieurs coups de tonnerre menaçants. Nous rentrons dans une forêt : la descente devient moins cassante, mais tout aussi chiante. Guigui et Juju torchent la descente, tandis que Nico se traîne en m’accompagnant. Nico qui d’ailleurs, n’ayant plus perdu grand-chose depuis un temps anormalement élevé, décide de nous perdre. On se retrouve donc à un carrefour sans personne, à nous dire « putain merde, ils auraient pu nous attendre ces gros cons ! ». En fait, « ces gros cons », qui avaient pris le bon chemin, étaient 300m plus loin… Nous nous retrouvons sur une route large et sans trop de difficultés. Je décide d’abandonner mes chaussures de rando (pour mettre mes tongues) et Nico, qui m’a pris au mot, décide d’abandonner une de mes pompes sur la route, heureusement retrouvée par un garde forestier (« La botta ! La botta ! »). On arrive tranquillement, grâce aux tongues de compèt de Juju qu’il m'a gracieusement prêtées (et ce n’est pas un détail !) à un camping où on décide de poser nos culs au premier m² de pelouse libre trouvée.
(Julien raconte) Guigui va faire sa crotte. Larvage bien mérité. Nico fait sa petite lessive (c’est tellement long qu’on se demande s’il n’enchaîne pas avec le repassage !) et nous, on fait le concours de celui qui se bougera le moins les fesses. Je perds (comme d’hab’) et je pars à la recherche de douches bien chaudes (on en reparlera). Pris par l’orage, je n’ai que le temps d’apercevoir le bar. Mais n’est-ce pas là le principal ? Sprint jusqu’à la tente sous les seaux d’eau ; juste le temps de bien tremper les tentes et le beau gazon où on prévoyait de poser nos fesses pour le festin du soir. Guigui fait preuve de talents insoupçonnés d’interprète : « ¿ Donde esta las douchas ? ». On est tous bluffés. Il comprend l’essentiel des explications compliquées qui lui sont fournies, et après de laborieuses recherches, on trouve enfin les fameuses douches : un vieux tuyau contre un mur à côté des chiottes qui puent avec vue sur un gros espagnol tout nu. Nico se jette à l’eau le premier. Non sans quelques cris de bêtes effarouchés. « Au début elle est froide et après elle est très froide ! » Soupe chaude, tournée de bières d’Alexis qui fête la fin de ses souffrances – Repas lyophilisés, Nico perd la moitié de son verre (décidément fidèle au thème !). Fin de repas mouvementé, on se jette comme des vautours sur les barres d’Alexis et les pâtes de fruit remportent un succès certain. Nico, mauvais joueur, réinvente les règles et s’empare du sac tout entier. Boudeur, il réclame sa part de pâtes de fruit… Le partage sera finalement équitable, malgré les tentatives sournoises de Nico pour dérober au pov’ Guigui toutes ses pâtes de fruits… belle mentalité ! Alexis, ton calme et ta sagesse vont nous manquer !! Au fait merci pour ta seconde tournée de « cerveza », qui nous a aidé à écrire ce résumé.
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